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  La Plume Masquée

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 Marguerite 






Episode 2 : Où tout le monde colle ....

Retour de la Plume Masquée. Cette fois les choses se précisent. Dans cet épisode, vous découvrirez que le lycée Doisneau recèle bien des mystères...

Par La Plume Masquée • Vos plumes • Vendredi 15/02/2013 • 3 commentaires  • Lu 1646 fois • Version imprimable

 -          « Wassila, Naïma…vous allez jamais me croire !!! »

Cette phrase qui sentait bon le scoop venait d’être prononcée par Samia. Elle avait redoublé sa Seconde et donnait l’impression d’être une adolescente hyper blasée. Ses camarades avaient, pour la plupart réussi à passer en Première et les quelques redoublants de son ancienne classe avaient été dispatchés dans les autres niveaux de seconde. L’idée de passer une année de plus dans ce lycée ne l’enchantait guère.

Ses deux amies Wassila et Naïma, étaient assises à l’une des tables de la cafétéria et s’étaient partagées les écouteurs d’un Iphone histoire de commencer la journée en musique. Cafétéria était un bien grand mot. C’était plus un espace dédié aux distributeurs de boissons fraiches et de café. Ce n’était pas immense mais le lycée avait la chance d’en compter une. C’était déjà ça.

-          « Quoi ? Qu’est ce qu’y a ? », lui répondit Wassila en retirant l’écouteur de son oreille droite.

-          « Waaaa la prof d’espagnol…comment elle s’appelle là ? …La blonde, là… Elle a cher* collé, zeh* ! »

-          « Qui ? Fabian ? »,  demanda Naïma.

-          « Ouais, Lara! C’est ça ! Heureusement on l’a pas ! C’est une trépanée ! Wech n’importe qui il peut être prof dans ce pays ! ».

Mme Fabian avait effectivement écopé du sobriquet de Lara, homonymie avec la chanteuse du même nom oblige. Rien à voir avec d’éventuels talents de cantatrice mais cela amusait les élèves. Le ton employé par Samia ne laissait aucun doute subsister : elle venait d’assister à quelque chose qui l’avait profondément interloquée.

-          « Mais vas-y accouche là ! »,  s’impatienta Wassila.

Samia commença son récit :

-          « Bon vous savez j’étais aux chiottes du batiment B là, hachek*, et ça avait pas encore sonné…J’allais sortir pour vous rejoindre mais j’ai entendu du hess* alors je suis restée cachée derrière le mur pour pas qu’on me hassar*.Au début j’ai cru c’était les surveillants tehi* alors j’me suis cachée : la dernière fois Malika elle m’a cher pris la tête parce que j’étais montée avant la sonnerie et j’ai cru c’était elle. Elle fout la mort celle-là ! A croire le lycée c’est sa maison oh ! … ».

En effet, Malika faisait des rondes dans le lycée et veillait, dans la mesure du possible, à ce  que les élèves respectent le règlement. Pour elle, le règlement c’était le règlement et puis basta. Si le règlement dit que les élèves ne doivent pas monter à la sonnerie et bien comme elle le disait si bien « ils n’avaient rien à y faire ». Elle répondait aussi aux « pris-sur-le-fait » qui avaient l’outrecuidance d’objecter : « Je veux rien savoir, descendez ! ». A force, les lycéens l’avaient surnommée « la Bac », en référence à la Brigade Anti-Criminalité. D’ailleurs, les STI ne cessaient de la taquiner avec ce surnom et dès qu’elle approchait d’eux lorsqu’elle surveillait la récréation, un « guetteur » simulait de prévenir ses camarades, sensés faire quelque chose d’interdit, de sorte qu’elle entende « Attention, y’a la Bac ! »…Cela la faisait plus rire qu’autre chose à vrai dire.

 

-          « Ouais on s’en tape de Malika ! C’était qui alors ?? »,   la relança Nassima.

-          « Bin attend wesh, laisse moi raconter ! Bref, j’me cache et j’me fais toute petite et là qui c’est que je vois ??? »…

-          « Bah t’as vu Lara, c’est bon… et bin quoi ? »,  la coupa Naïma, ce qui en passant fit rire Wassila.

-          « Ouaiiiiiiis ! Mais attendez ! Moi tehi* je me suis dit la prof elle veut rentrer dans sa salle avant les élèves c’est tout tehi*, normal quoi …Bin toz ! Déjà elle se parlait toute seule comme une majnouna* mais j’entendais rien et comme j’voulais pas qu’elle me prenne en flag j’ai pas trop bougé sah*…A un moment j’ai cru elle rigolait et deux secondes plus tard j’la vois en mode panique. Cher bizarre c’te meuf !! ».

-          « Ah mais t’es sérieuse là ? Qu’est-ce qu’elle avait ?  ,  lui demanda Naïma.

-          « Wallah l’Adhîm* ! Un truc de fou ! Mais attendez, c’est rien ça ….Je la vois elle ouvre la porte, elle rentre même pas une seconde, et d’un seul coup elle ressort mais comme si on l’avait poussée …Mais y’avait qu’elle ! »

-          « Arrête t’es pas en train de nous dire qu’elle est possédée aussi, nan ? C’est toi t’as collé là ! », s’exclama Naïma.

 

-          « Mais nan, moi je dis elle est folle c’te femme…Elle m’a fait flipper sah* ! Mais y’a pas qu’ça …Elle referme la porte limite elle la claque. Violent ! J’me suis dit qu’elle avait pété un câble et au moment où j’ai cru qu’elle allait partir vous devinerez jaaaaamais ce qu’elle a fait … »

 

Naïma et Wassila étaient pendues aux lèvres de Samia. L’une était complètement absorbée comme devant un film au Pathé Carré de Soie et l’autre se disait que si elle la coupait encore une fois, elles risquaient de ne jamais avoir le fin mot de l’histoire. Samia reprit :

-          « J’avais cher peur de bouger. J’me suis dit ‘imagine c’est une psychopate et elle te saute dessus’. Bref, eh bin là elle se met à chercher un truc dans son sac et devinez quoi ? Elle a fermé la porte avec ses clés et après, devinez quoi ? »

La jeune fille avait décidément envie de ménager le suspense.

-          « Et bin je sais pas avec quoi exactement mais elle a trafiqué la serrure de la porte !!!! ».

Les deux filles écarquillèrent grands leurs yeux.

-          « Jure Wallah ?! T’es pas en train de nous dire que la prof elle a bloqué la serrure de sa propre salle là ?? ».

-          « Les filles, Wallah c’est vrai ! Sur la tombe de ma grand-mère ! »

Elle avait juré sur la tombe de sa grand-mère, le sort en était jeté. Le fait que sa grand-mère ne soit pas morte n’entrait pas en ligne de compte mais cette expression avait comme qui dirait un certain pouvoir : qui jurait sur la tombe d’un ancêtre ne pouvait qu’être détenteur de la Vérité…S’ensuivit un long moment d’explication où Samia leur raconta comment elle n’avait pas pu s’éclipser avant que la sonnerie ne retentisse et que d’autres professeurs n'arrivent. En effet, elle s’était trouvée dans une situation délicate : si quelqu’un l’avait vu dans les couloirs, elle aurait été immédiatement désignée comme la coupable idéale et si elle avait dit la vérité, qui l’aurait cru ? Mettez-vous à sa place un seul instant. Vous la voyez dire : « Mais M’sieur, c’est la prof d’espagnol qui a mis de le colle dans la serrure… ». C’était un peu comme la marmotte qui mettait le chocolat dans le papier d’alu dans la pub Milka. Aucune chance.

 Une poignée de minutes plus tard, le téléphone arabe, aidé par la technologie moderne, s’était chargé d’informer la petite communauté de Doisneau des dernières péripéties de Mme Fabian. Gossip Girl* pouvait aller se rhabiller.

 

***

 

17h, salle C16, fin du cours d’histoire de M. Galogaujades avec les Terminales L. Justine n’était pas venue en cours cet après-midi car elle passait son code. Lynette s’était donc sentie un peu seule d’autant plus qu’elle n’avait pas pu partager avec elle le scoop de la journée. Elle se souvenait du visage soulagé de son professeur d’espagnol lorsque le Proviseur-Adjoint avait confirmé qu’elle ne ferait pas cours dans sa salle habituelle. Maintenant, il y avait cette étrange rumeur qui l’accusait d’avoir elle-même saboté la serrure de sa salle de classe…La coïncidence était plus que troublante pour la jeune littéraire.

La nuit était déjà tombée et le reste de sa classe avait déjà quitté le navire mais Lynette devait récupérer pour Justine les polycopes que M. Galogaujades avait distribué pendant le cours. Elle avait espéré qu’il fasse vite mais il manquait deux cartes qu’il avait dû aller chercher dans le local commun des professeurs d’histoire-géo. Lynette n’était pas rassurée d’autant plus qu’une fois encore ce fameux sentiment de malaise qui la prenait aux tripes venait de s’emparer à nouveau d’elle…Elle tenta de le faire disparaître en s’auto-persuadant qu’il était ridicule de s’en faire de la sorte. Une fois les polycopes en main, elle s’empressa de quitter son professeur.

Alors qu’elle était sur la passerelle qui menait vers la sortie, elle fut de nouveau prise d’inquiétude. Elle avait l’impression d’être seule au monde. Pire encore, elle avait le sentiment d’être loin du monde. Des sons étranges lui parvenaient mais la jeune fille tentait de se persuader qu’il s’agissait des murs qui travaillaient. Que cela pouvait-il être d’autre ? Un frisson la parcourut de la tête aux pieds. Il l’avait presque paralysée. Sa respiration se fit de plus en plus courte quand soudain, la lumière s’éteignit. Lynette était terrorisée. Un vent glacial qui passa sur sa nuque l’immobilisa. Comment diable un tel courant d’air pouvait-il se produire dans un espace aussi fermé tandis que toutes les fenêtres étaient closes ?

La lycéenne ferma les yeux et repris son souffle. Il fallait absolument qu’elle quitte cet endroit qui l’oppressait de manière si incompréhensible. Elle inspira très fort et courut presque jusqu'à l’escalier qui menait à la sortie.

Une fois dehors, c’était comme si elle avait été libérée de quelque chose. Ce quelque chose était malsain, à n’en pas douter. Sans demander son reste, Lynette s’empressa de quitter le lycée. Encore une fois, elle resterait seule face à son secret. Elle ignorait encore que cette situation n’allait pas durer…



A suivre…








Mots suivis d'une étoile (*) :

- cher : mot typiquement lyonnais qui signifie "beaucoup", "plein" ou "grave" selon les circonstances
- zeh : expression que la décence nous interdit de traduire...
- "coller" : cette expression aun lien avec la folie; "t'as collé" = "t'es fou" ou "t'es à coté de la plaque"
- hachek : expression arabe qui enveloppe de pudeur tous les propos liés à l'intimité ou aux choses qui peuvet susciter le dégoût.
- du hess : du bruit
- hassar : prendre au piège
- tehi : contraction poussée à l'extrême de l'expression "t'as vu..."
- majnouna : mot qui vient de "jnoune" (démon); ici majnouna signifie possédée. 
- toz : onomatopée du pet
- sah : de la racine arabe du mot vérité; ici : véridique
- Wallah l'Adhîm ! : El Adhîm est un des 99 noms de Dieu dans la religion musulmane. Ici l'expression signifie : "Par Dieu, le Très Grand" ou "Par Dieu le Sublime". 
-Gossip Girl : série télé américaine où tous les potins d'écoles privées sont divulgués sur le blog d'une mystérieuse source qui se fait appeller "Gossip Girl". 






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Commentaires

La serrure des profs par serrurier paris pas cher le Jeudi 26/09/2013 à 13:03

Bien cet article. J'ai connu pas mal de profs qui bloquaient la serrure de leur porte ;) Rien d'étonnant pour etre tranquile lol.


Urgence Serrurier à Paris par Serrurier le Vendredi 02/09/2016 à 11:46

 Article trés intéréssent 
Urgence Serrurier à Paris


Pas mal ! par Serrurier Courbevoie le Dimanche 04/12/2016 à 23:33

 On se marre toujours autant en lisant vos articles :)